L'éternelle guerre des jardiniers contre les architectes

Hello !
Bienvenue pour ce nouvel épisode du podcast aecriture. J’espère que vous m’écoutez d’un coin où il fait un peu plus beau qu’ici, parce qu’en région parisienne, on a juste un temps hyper lourd et de la pluie. Chouette. Même si je ne suis pas une fan des grandes chaleurs, je déteste encore plus ce temps humide et chaud qu’on a en ce moment.
Enfin.
J’ai envie de commencer cet épisode par un petit big up à… vous.
Merci, vraiment, merci pour l’accueil que vous faites au podcast. Ça me fait chaud au cœur.
Je vais particulièrement adresser un gros merci à Break your day (@break_your_day) pour m’avoir incluse dans une de ses newsletters avec une si gentille présentation.
La créatrice de Break your day propose des formations instagram et des workshops et la nouvelle charte de son insta est juste trop belle, donc allez y faire un tour, vous ne serez pas déçus.
Merci à tous ceux qui m’ont mise dans leur story aussi, ça aide vachement pour la visibilité et ça permet de donner toutes ces chances au podcast. Si vous aimez ce format, faites-le savoir afin qu’il grimpe un peu dans le référencement et que la communauté s’agrandisse.
Bon, je ne vais pas vous embêter plus longtemps avec mes histoires de référencement et je vous embarque avec moi direction le sujet du jour, j’ai nommé : la planification.
Ahlalala… On ne dirait pas comme ça, mais j’ai pu voir que c’est un sujet qui déchaine les passions. Chacun y va de son point de vue, les camps se créent, la guerre se prépare… C’est un véritable pugilat.
D’un côté, on a l’image un petit peu romanesque de l’écrivain, le jardinier qui écrit son histoire au fil de la plume selon l’inspiration du moment et qui découvre l’intrigue en même temps que son personnage principal.
Et de l’autre, on a cette image de l’architecte qui, avec une rigueur presque mathématique, va planifier son histoire de A à Z. Il connaît bien sûr la fin mais surtout, la moindre péripétie est déjà calée dans le chapitre approprié avant même qu’il n’écrive le nom de son roman sur la première page.
Alors, ça vous parle ? Dans quelle team êtes-vous ?
Êtes-vous de ceux qui commencent à écrire tout de suite ou de ceux qui ne peuvent pas débuter avant de connaître tous les détails de l’histoire ?
En vérité, j’imagine que vous êtes comme moi, un peu entre les deux. C’est la version « homme à tout faire », comme j’aime à l’appeler. C’est une position qui permet de débroussailler sans se perdre, de charpenter la maison sans en faire trop. C’est celle qui permet surtout de ne pas s’ennuyer lors de la rédaction, de laisser une place à la spontanéité et aux détours, tout en sachant dans quelle direction on va.
C’est celle où armée d’un log pose, on navigue vers le one piece sans savoir quelle île il y a entre lui et nous. Vous me suivez ?
Alors, comme je vous l’ai déjà dit, j’ai commencé à écrire sans savoir ce que j’allais raconter et ça m’a joué des tours. Ce n’est qu’après la formation licares que j’ai vraiment pris de bonnes méthodes d’écriture. Et la vision de licare et de son autrice phare, Lucie Castel, penche lourdement vers la planification chapitre par chapitre. « Mais c’est de la planification totale ! C’est très loin de l’homme à tout faire » me direz-vous. Et vous auriez raison.
Alors pourquoi je ne suis pas son conseil ?
Tout simplement parce que cela ne me convient pas.
Ça m’a aidé pour terminer mon premier roman en canalisant mes idées et en mettant au clair ce que je devais faire, mais je dirais que c’est surtout l’ensemble de la formation qui m’a été bénéfique et non ce point en particulier. J’ai joué le jeu, j’ai planifié mes derniers chapitres et j’ai terminé mon roman. Mais en réalité, le plan a changé un grand nombre de fois. Je me suis rendu compte que j’ai l’esprit trop volatile pour m’en tenir à un plan aussi structuré. Et qu’en détaillant un plan avec autant de précision, bah, je perdais surtout mon temps. Car si vous travaillez avec un plan détaillé, au moindre changement, il faut le modifier, ce plan. Et si vous faites carrément un séquençage par chapitre en amont de la rédaction, vous n’avez pas fini de re-rédiger vos chapitrages si vous avez une nouvelle idée.
Donc non, moi, il me faut beaucoup plus de liberté.
Mais je ne suis pas une jardinière non plus.
J’ai besoin de savoir où je vais, tout simplement parce que j’angoisse, sinon. Je me pose 10 000 questions, j’ai l’impression de ne pas prendre les meilleures décisions, que mon histoire est plate…
Bref, c’est souvent mon côté jardinier qui me fait angoisser et bloquer.
Parce qu’être architecte représente tout un tas d’avantages et c’est pour cela, je pense, que beaucoup d’auteurs et formateurs en font l’apologie.
Parce que oui, la planification est une très bonne chose si vous l’adaptez à votre façon de faire. Et surtout, je suis persuadée qu’il faut un minimum connaître la fin où une partie de celle-ci pour réussir son écriture.
Alors, je n’émets aucun jugement de valeur, si vous êtes un jardinier 100% et que cela fonctionne pour vous, c’est parfait. Mais disons, que vous jouez avec le feu, quoi.
Et si vous ne connaissez pas votre façon de faire, si c’est votre premier roman, je vous conseillerai toujours de planifier un minimum.
L’écriture est un marathon.
Vous l’avez sans doute beaucoup entendu, celle-là, mais elle est d’une vérité implacable, il me semble donc plus qu’utile de vous la marteler une nouvelle fois.
Certains auteurs ont la chance d’écrire vite, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Je ne fais pas partie de ces gens-là, d’ailleurs. J’ai tendance à faire des pauses dans mon écriture à cause de ma fragilité et de mes éparpillements. Donc un roman, je peux mettre un an pour faire le premier jet, voire plus. Pour vous donner une idée, mon premier roman m’a pris 8 ans à être fini. Avec des trèèèèès longues pauses, des reprises à zéro et des erreurs dans tous les sens, certes, mais vous voyez pourquoi je parle de tenir sur la durée.
Alors non, je vous rassure, vous n’allez pas forcément faire comme moi - en tout cas, je ne vous le souhaite pas - mais écrire, ça prend du temps. Surtout le premier roman. Plus vous serez formés, plus vous saurez ce que vous faites et plus vous aurez de chance de réduire ce temps, mais je pense que le processus restera long. C’est tout à fait normal et j’ai même envie de dire, c’est nécessaire.
Alors, pourquoi est-ce nécessaire de laisser du temps à son écriture ?
Parce que ça nous laisse le temps d’évoluer.
Lorsque l’on débute l’écriture, on a une vision de ce qui fait la bonne littérature ou non, la façon dont un livre doit être écrit ou non, on a une volonté particulière derrière le style qu’on emploie. On a des ambitions parfois démesurées.
Et il faut rêver en grand, jamais je ne dirais le contraire. Mais cette vision de l’écriture, de ce qu’est un livre, je vous promets qu’elle va évoluer. Après une dizaine de chapitres, vous n’aurez plus le même rapport au style, au rythme, à vos personnages, à la difficulté de l’intrigue.
Passer du côté lecteur à celui d’auteur est comme passer derrière le miroir. Ce que l’on pensait simple est en fait compliqué, ce que l’on pensait compliqué ne l’est finalement pas tant que ça ou parfois est bien pire. Votre plume évoluera en conséquence et votre histoire grandira en même temps que vous.
Cette évolution est normale. Un autre point est que vous allez passer des mois sur la même histoire, avec les mêmes personnages, le même univers, mais votre vie va continuer. Vous allez vivre des joies, des peines, des changements, lire des livres et voir des films qui vont vous inspirer, faire mûrir votre réflexion. Vous ne serez jamais le même au début du roman que lorsque vous apposez le point final.
Et si je vous conseille de planifier au moins les grandes lignes de votre roman, c’est pour éviter que vous ne perdiez le fil de votre histoire durant ce temps d’écriture.
Pour cela, je vous donne les deux points clé de ma méthode, qui vaut ce qu’elle vaut :
1 - Déterminez au moins les pivots de votre récit.
Les pivots sont les moments clés de votre histoire, là où elle prend une déviation parce qu’un événement, une révélation, un fait vient barrer la route à votre protagoniste.
Il y en a plusieurs dans le récit, entre 3 et 5 habituellement, mais vous êtes libres d’en faire ce que vous voulez.
Attention, ce ne sont pas les péripéties, qui sont les scènes d’action, de tension, de rebondissements. Ce qui donne du rythme à votre histoire, mais qui ne sont pas déterminantes pour votre intrigue. Elles ne sont jamais gratuites, bien sûr, elles permettent l’avancée du récit, mais elles ne modifient pas fondamentalement la route qu’emprunte votre personnage.
Les péripéties, vous pourrez les trouver en chemin, par l’inspiration, l’envie du moment. Mais les pivots, il vous faudra les avoir en amont. Comme ça, vous savez toujours où vous allez et si un blocage pointe son nez, vous pourrez le gérer sans perdre le fil de votre roman. Vous vous perdrez moins aussi, dans des méandres de péripéties sans queue ni tête, qui n’apportent rien. Les actions de vos personnages auront un sens et vous aurez moins de problème à leur dicter leur prochain moove.
Vous êtes libre ensuite de planifier plus ou moins en détails, selon vos envies et vos besoins. Ce que j’aime faire cependant, et le point-clé n°2, c’est d’avoir toujours les 3 prochains chapitres de planifiés. Pour l’exemple, j’écris avec plusieurs points de vue différents dans chaque chapitre et j’utilise les petites étoiles pour passer de l’un à l’autre. Du coup, dans un chapitre, l’histoire avance sous deux, trois ou quatre prismes différents.
He bien j’essaye toujours de savoir ce qui se passera pour chacun dans au moins trois chapitres. Comme ça, même si je fais une pause, je sais ce que je dois écrire lorsque je reprends et je n’ai pas de question à me poser. Et j’avance au fil de l’eau sur la suite, en fonction de ce que j’écris, de la dynamique qui prend forme. Ainsi, je garde une agilité, une souplesse qui me permet de faire évoluer mon récit en même temps que ma réflexion et de découvrir certaines scènes à l’écriture.
Mais je ne fais rien de plus. Actuellement, j’ai repris l’écriture (ça y est !) et j’étais bien contente de retrouver mon petit plan succinct et mes repères. Aujourd’hui, j’ai même profité de mon rendez-vous de 30 minutes chez le kiné pour planifier mes prochains chapitres, ce qui me rend bien plus sereine pour ma séance de ce soir. Comme j’ai déjà pensé à ce qui se passait ensuite, je n’ai plus autant d’appréhension à écrire la scène qui m’attend.
Tout ça pour dire que la planification n’a pas besoin d’être effectuée totalement en amont. Vous n’avez pas à être soit architecte soit jardinier. Vous devez trouver la méthode qui favorise une écriture naturelle. Ne vous calquez pas sur le rythme des grands écrivains. Ce qu’ils disent et enseignent ne s’applique finalement qu’à eux ou aux personnes qui leur ressemblent. Et cela ne vous concerne peut-être pas. Ce n’est pas de la cuisine, c’est de la débrouille. Les mêmes ingrédients ne feront pas le même plat. Donc partez du plat et trouvez vos propres ingrédients.
Chaque auteur est différent parce que nous n’avons pas le même cerveau, pas la même énergie, pas la même logique, ni le même temps à accorder à l’écriture. Il n’y a aucune méthode parfaite. Juste la vôtre, en accord avec vous.
Alors, testez les différentes méthodes et surtout, modifiez-les quand vous sentez que ça coince. Ne restez pas embourbé dans un truc qui ne vous convient pas.
Je finirai donc cet épisode sur cette phrase :
Il existe une solution pour chaque auteur, alors entre planifier et ne pas planifier, choisissez l’entre-deux qui vous motive et vous aide à avancer.
Sur ce, moi je vous dis merci de m’avoir écoutée, j’espère que cet épisode vous a plu. Si c’est le cas, soutenez-moi en laissant une note sur votre application de podcast, en vous abonnant si ce n’est pas déjà fait et en partageant cet épisode
Petite nouveauté, si vous pensez que mon travail sur ce podcast ou sur insta est de bonne qualité, vous pouvez maintenant me soutenir via un don sur buy me a coffee à l’adresse buymeacoffee.com/aecriture. Vous pouvez participer comme vous voulez, cela m’aide un peu financièrement et ça me permet de me concentrer sur l’essentiel : la création.
Sur ce, on se retrouve bientôt pour un prochain épisode.
En attendant, c’était Isa d’æcriture, amour sur vous et écrivez bien !
Qu'avez-vous pensé de cet épisode ?
Isabelle Naneix EI - aecriture
© crédit photo : Pexels : Anna Shvets
Conditions Générales de Vente - mentions légales